L’équipage de
Bostik est donc entré dans le vif du sujet des Quarantièmes Rugissants dès sa première nuit dans cette zone de navigation dont la brutalité des éléments a fait la terrible réputation. "
Il était 2h00 TU en pleine nuit et nous changions de quart", rapporte Erwan Lebec, le boat captain de
Bostik. "
Nous étions sous gennaker avec grand-voile haute, par 15 nœuds de vent (force 3)
lorsqu’un grain que nous avions repéré sur le radar est arrivé brutalement. Le vent est monté à 22-23 nœuds (force 5)
. C’est à ce moment que la sous-barbe a cédé. La brise s’est encore renforcée pour atteindre 30 nœuds (force 7)
. Nous sommes partis au lof (sortie de route travers au vent)
et Liz, qui était à la barre, a réussi à relancer Bostik au vent arrière pour nous permettre de rouler le gennaker et de le ramener sur le pont. Dans la manœuvre, nous avons juste cassé deux lattes de grand-voile. On s’en sort bien ! Ce n’est qu’au matin, lorsqu’il a fait jour, que Liz a décelé une faiblesse sur le pont avant. Comme nous étions proches de Cape Town, nous avons préféré venir réparer au port plutôt que de consommer nos matériaux de secours pour d’éventuelles avaries lorsque nous serons loin de toute terre".
"Le tangon bout-dehors du monotype Veolia Oceans® permet de placer le point d’amure du spi et du gennaker (la pointe avant de la voile au niveau du pont) à 2,50 mètres en avant de l’étrave, contre 1,80 mètre pour les prototypes IMOCA 60", commente Jean-Baptiste Daramy, responsable technique de la série des monotypes Veolia Oceans® au sein de SailingOne. "Dans ces conditions, le monotype Veolia Oceans® est sustenté et il plane encore plus vite, n’engageant jamais l’étrave dans les vagues. Il n’enfourne pas. C’est un critère d’accélération pour atteindre de grandes vitesses et les tenir longtemps. C’est surtout un élément de sécurité lorsque la mer est grosse et que les vagues sont abruptes. Grâce à cela, les marins peuvent conserver les grandes voiles de vent arrière (spi et gennaker) plus longtemps, dans des vents plus forts.
La contrepartie de cet atout est que la mise en œuvre de ce tangon bout-dehors original, propre au monotype Veolia Oceans®, est délicate à réaliser. Grâce au travail de l’équipage de Bostik durant cette navigation test autour du monde, nous progressons dans la mise au point du matériel. Nous avons désormais une idée précise de la manière dont nous allons en gérer l’évolution pour la production en série, en collaboration avec Pascal Conq (Cabinet d’architecture navale Finot Conq et Associés).
Toutefois, nous souhaiterions terminer le Tour du monde de Reconnaissance de la SolOcéane avec le système actuel. Il nous faut pour cela harmoniser toutes les zones d’efforts pour retrouver l’homogénéité de l’ensemble. C’est le programme des prochaines 48h00. Ensuite, l'équipage de Bostik pourra remettre le cap sur Wellington avec des ambitions de grandes glissades sur la longue houle et de record, tout en ménageant sa monture".